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La formation sur la sécurité culturelle « ouvre les yeux » et unifie les membres de l’équipe de santé publique dans son engagement à travailler avec les communautés autochtones en vue d’améliorer la santé

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Par Margaret Angus

Dawn Ripley se souvient de se demander pourquoi il y a si peu de clients autochtones dans les dossiers de la santé publique et si peu de partenariats avec les communautés autochtones, compte tenu des inégalités que connaissent ces dernières en matière de santé.

« Nous connaissions très peu de choses sur les injustices du passé et nous ne comprenions pas les communautés autochtones que nous servions », dit-elle. Les choses ont évolué lorsque l’équipe de santé publique a commencé à suivre une formation sur la sécurité culturelle en 2018.

Mme Ripley a elle-même suivi une séance de formation sur la sécurité culturelle parrainée par Service correctionnel Canada en 2016 et donnée par des aînés et des éducateurs mi’kmaw. Elle s’est dit par la suite qu’elle devait suivre des formations similaires proposées au personnel de santé.

La communauté autochtone a conçu une formation sur la sécurité culturelle afin de mieux faire comprendre le contexte historique du colonialisme, de dissiper les mythes sur la culture autochtone ainsi que de contribuer à la création de systèmes respectueux des différences culturelles et adaptés aux besoins de la communauté.

« Cela m’a vraiment ouvert les yeux sur notre ignorance, indique Mme Ripley. La plupart des personnes ayant fréquenté les écoles publiques en Nouvelle-Écosse n’ont tout simplement rien appris au sujet des écoles résidentielles et de la rafle des années soixante. Il fallait donc que nous en sachions plus. »

Lorsque Mme Ripley a commencé en 2017 ses fonctions de conseillère sur l’équité en matière de santé pour le secteur nord de la Régie (régions de Colchester-East Hants, Cumberland et Pictou), elle a recommandé que l’ensemble du personnel de la santé publique de ce secteur suive une formation sur la sécurité culturelle.

L’équipe du centre de santé de la Première Nation de Sipekne’katik a recommandé aux animateurs locaux, Gordon Pictou et Janet Pothier, de dispenser la formation, qui a ensuite été offerte à l’ensemble du personnel de la santé publique de la province.

« Certains de nos employés n’avaient jamais suivi aucune formation sur la sécurité culturelle, explique Mme Ripley. Et on ne peut pas savoir ce qu’on ne sait pas. Ce n’est pas le genre de formation que les gens recherchaient. »

Le manque de connaissances et de compréhension sur les traumatismes historiques et générationnels conduit souvent à de fausses suppositions sur les peuples et les communautés autochtones, ce qui nuit en fin de compte aux soins et aux services de santé et aux résultats en la matière.

« La supposition est la suivante : les systèmes ne permettant pas un accès équitable à tous, explique M. Pictou, la formation sur la sécurité culturelle déplace l’équilibre des pouvoirs pour aller de “ nous ” (l’organisation ou le système), qui fournissons des soins axés sur la personne, à “ nous ” (les personnes / la communauté), qui savons par expérience que le système est réceptif et fournit des services équitables. » La formation de deux jours se déroule dans une communauté, ce qui est essentiel à son succès.

« La formation est vraiment forte, indique Mme Ripley. Elle a permis d’ouvrir la communication avec les partenaires mi’kmaw ainsi que d’établir des relations plus solides avec les responsables des services de santé. »

Selon celle-ci, l’humilité culturelle fait partie des leçons les plus importantes à tirer de la formation. « Nous sommes immobilisés, nous avons peur de faire des erreurs, de dire les mauvaises choses, et il s’agit là d’une attitude courante. Nous devons faire confiance aux leçons de l’humilité. Posons les questions auxquelles nous n’avons pas de réponses. Nous n’avons pas encore eu ce courage. Ce processus cependant nous a permis d’avancer. »

La formation peut être difficile et parfois rendre mal à l’aise, explique M. Pictou. Ce malaise est une partie importante de l’apprentissage, ajoute-t-il. Un fournisseur de services doit pouvoir se retrouver dans des situations inconfortables.

Lorsque des personnes vivent ensemble ce type de malaise, elles « se sentent unies, plutôt que seules face à un système massif. Elles comprennent qu’elles forment un groupe et qu’elles peuvent faire évoluer les choses. »

Depuis que tous les membres du personnel de la santé publique ont suivi la formation, ils ont maintenant le même désir et la même détermination à aller de l’avant pour remédier aux lacunes.

« En prenant des risques et en investissant dans la formation sur la sécurité culturelle, nous avons véritablement établi la barre pour le reste de l’organisation », explique Mme Pothier.

Gary O’Toole, directeur principal de la santé publique, a indiqué que la formation constituait un important pas en avant dans un processus continu. « Apprendre et comprendre ainsi qu’intégrer les voix autochtones à notre programme et à notre plan a été très utile. Nous avons cependant encore beaucoup à apprendre. Nous devons maintenant nous demander comment la formation va faire évoluer nos pratiques. C’est notre objectif pour cette année. Mon plus grand espoir est que ce soit le début de quelque chose de vraiment incroyable », ajoute-t-il.